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Le denim ne suit pas les règles. Brut ou patiné, intemporel ou dans l’air du temps, souple ou structuré, sa polyvalence ne connaît pas de limites. CHANEL pousse cet esprit encore plus loin, en le réinventant pour chaque personnalité. Avec la collection de maquillage DENIM, CHANEL donne à cette matière iconique une expression totalement nouvelle. Sous la direction créative de Valentina Li, membre du COMETES COLLECTIVE, le denim entre dans un nouveau territoire: le maquillage. Des bleus vibrants aux roses doux et poudrés, en passant par des ors et des argentés scintillants, chaque teinte saisit une humeur, une aura, et un pouvoir de séduction irrésistible.

Lily-Rose Depp, ambassadrice de la Maison, incarne la liberté créative qui anime la collection, tout comme le sentiment d’émancipation que symbolise le denim. Le denim n’est pas seulement une pièce qu’elle porte: il est tissé dans chaque aspect de son style. Luxury Activist a eu l’occasion d’interviewer Valentina Li à propos de ses inspirations, de son travail avec CHANEL et de sa vision de cette nouvelle collection de maquillage.
LUXURYACTIVIST (LA) : Chère Valentina, vous êtes née dans le sud de la Chine, dans une région où la nature elle-même ressemble à une œuvre d’art. En quoi le fait d’avoir grandi dans cet environnement a-t-il façonné votre manière de percevoir la couleur et la beauté aujourd’hui ?
VALENTINA LI (VL) : Honnêtement, je suis tellement reconnaissante d’avoir grandi dans un petit village du sud de la Chine. Nous étions très pauvres ; nous n’avions rien, mais nous avions autour de nous une nature extraordinaire. Et, chose amusante, cela me rappelle un peu la Suisse. La première fois que je suis venue, je me suis dit : Mon Dieu, ça ressemble à ma ville natale. En Suisse, tout paraît très vert, alors que là d’où je viens, il y a plus de couleur, plus de contrastes. J’ai grandi dans la forêt, donc je crois que j’ai toujours eu un côté un peu libre d’esprit.
Ma famille fait aussi partie d’une des communautés minoritaires de Chine. Notre manière de célébrer est étroitement liée à la terre. Nous chantons dans les montagnes, et il y a ce sentiment d’être en dialogue avec la nature, presque comme si l’on se liait d’amitié avec les oiseaux et les animaux. Je pense que cela a profondément façonné ma vision de la beauté. J’ai toujours puisé mon inspiration dans la nature, dans les fleurs, dans les animaux. La nature est, sans aucun doute, ma plus grande source d’inspiration.
LA : Vous souvenez-vous du moment qui vous a vraiment convaincue de devenir maquilleuse ? Y a-t-il eu un déclic, une histoire précise, qui vous a fait comprendre que ce serait votre langage ?
VL : En réalité, c’est venu assez tard pour moi, en deuxième année d’université. J’ai toujours aimé peindre, et mon rêve initial était de devenir mangaka. J’étais aussi très attirée par le cosplay. Et avec le cosplay, il faut se transformer, donc le maquillage fait partie du processus : changer la couleur des cheveux, porter des lentilles, modifier complètement son apparence jusqu’à devenir un personnage totalement différent. Au début, c’était simplement un passe-temps, juste pour le plaisir.
Puis, en deuxième année, j’ai commencé à maquiller mes amis, simplement pour m’entraîner. C’est là que j’ai vraiment compris sa puissance. À chaque fois que je finissais, les gens étaient tellement heureux. Et je me suis dit : D’accord, ce que je fais peut réellement aider quelqu’un à découvrir la meilleure version de lui-même. J’adore peindre, mais avec le maquillage, j’avais l’impression de peindre sur un visage, et le visage est pour moi une toile encore plus belle. Il y a de l’émotion, de l’expression et c’est plus exigeant, d’une certaine manière. Alors j’ai lâché ce premier rêve. Je ne suis pas devenue peintre, mais “peintre de visages”.

LA : Comment vous décririez-vous en tant qu’artiste ? Quels mots, quelles idées résument le mieux votre approche de la création ?
VL : Je dirais que je suis un vrai esprit libre. Et, honnêtement, c’est pour ça que je ne me définis pas toujours comme une maquilleuse. J’aime me présenter comme une « peintre de visages ». Parce que quand je me maquille, je ne cherche pas seulement à créer quelque chose de “beau” au sens traditionnel du terme. J’essaie de créer un personnage. Pour moi, tout est une question d’attitude. Avec cette collection DENIM, par exemple, je voulais créer cette énergie de cool girl, une forme d’esprit « je m’en fiche ». Pas une beauté classique, plutôt une humeur. Quelque chose de facile, un peu rebelle, très sûr de soi. Alors si vous me demandez de résumer en un mot, c’est difficile. C’est moins un mot qu’un ressenti.
LA : Quand CHANEL vous a contactée pour la première fois en vue d’une collaboration, quelles ont été vos premières pensées ? En tant qu’artiste, qu’évoquait pour vous le nom CHANEL à ce moment-là ?
VL : Au début, honnêtement, je n’étais pas sûre que ce soit vrai. J’étais tellement surprise. Je me disais : « Moi ? Vous êtes sûrs ?» Je veux dire, j’avais les cheveux bleus. Avant ça, les gens décrivaient vraiment mon style comme très avant-gardiste et audacieux, et personne ne m’aurait qualifiée de « classique ». Mais une fois arrivée chez CHANEL, ce qui était un rêve devenu réalité, et en découvrant davantage son histoire, son maquillage et Gabrielle Chanel elle-même, je me suis sentie encore plus connectée. Ça m’a rappelé un moment très précis à l’université, quand j’apprenais le maquillage en autodidacte.
J’avais vu une publicité dans un magazine. Je ne sais pas si vous vous en souvenez ; il s’appelait Hgakhlake. Le visuel était très pur. Le mannequin regarde vers le bas, avec ce fard à paupières rouge sur les paupières et des sourcils très, très fins, très vintage. On dirait qu’elle a les larmes aux yeux, et sur la paupière, il y a une couche très épaisse de gloss. C’était une campagne des années 90, mais elle paraît tellement actuelle aujourd’hui. Et quand j’ai vu cette image, elle m’a vraiment parlé.
Ma couleur préférée est le bleu, mais quand je me maquille, je suis toujours attirée par le rouge. Le rouge, c’est la couleur de la vie. Il représente la passion. C’est la raison pour laquelle je travaille si dur et pourquoi je fais tout ça : par passion. Alors, quand je l’ai vue, mon cœur s’est littéralement mis à battre plus vite. Puis, quand tout est devenu officiel, ce moment “rêve absolu” s’est réalisé. Et je me suis sentie encore plus proche de CHANEL, parce que personne ne faisait ça dans les années 90… mais nous, on l’a fait.

LA : En tant qu’artiste chinoise évoluant sur la scène internationale, avez-vous le sentiment que votre culture vous donne une sensibilité différente, ou peut-être un autre rythme, lorsque vous créez pour une Maison mondiale comme CHANEL ?
VL : Oui, clairement. Et au début, c’était assez difficile, pour être honnête, parce que l’anglais n’est pas ma langue maternelle. Et puis, l’industrie de la mode et de la beauté en Chine peut parfois donner l’impression d’être un peu en retrait dans la manière dont les tendances circulent à l’échelle mondiale. Mais la plus grande différence, c’est surtout la façon dont on exprime la beauté. En Orient, l’expression peut être plus retenue. Les gens ont parfois un peu peur de trop se montrer à travers la couleur ou le maquillage. Il peut y avoir cette envie de se ressembler et de se fondre dans le groupe. En Occident, c’est presque l’inverse. Tout le monde parle d’être unique, d’être pleinement soi-même.
Pour moi, ce contraste est justement une force. Quand je conçois une collection, je ne crée pas pour un seul public. Je le vois toujours comme si je cuisinais un plat pour le monde entier. Bien sûr, il y a de la pression. On se dit : peut-être que les gens en Orient n’aimeront pas, peut-être que ceux en Occident n’aimeront pas. Mais j’adore trouver cet équilibre, mélanger et associer. Parfois, c’est comme 30 % d’Orient, 70 % d’Occident, et ensuite on fond le tout dans quelque chose qui paraît nouveau, et qui, je l’espère, sonnera juste pour beaucoup de personnes.


LA : À propos de la nouvelle collection : le denim est une matière du quotidien, et pourtant cette collection paraît profondément sophistiquée. Comment avez-vous réinterprété quelque chose d’aussi familier à travers le prisme de l’élégance CHANEL ?
VL : Oui, et il y a aussi ce “touché denim” sur la peau. À l’œil nu, l’application paraît bleu, presque transparent, avec une brillance bleutée. Mais vous avez raison : le denim est une matière très quotidienne. Ce que j’aime, c’est que CHANEL est incroyablement douée pour transformer les choses. Le denim a commencé comme un vêtement de travail très masculin, mais CHANEL sait y apporter d’autres éléments, comme des perles, des jeux de textures et des associations, et soudain cela devient quelque chose de luxueux, d’unique. C’est la même idée que le tweed. Et même avec la couleur noire. Le noir était autrefois perçu comme une couleur que l’on portait uniquement pour les funérailles, et CHANEL en a fait une marque d’élégance, comme la petite robe noire.

Et si j’aime autant le denim, c’est parce que j’ai toujours l’impression que la fille qui en porte a une attitude cool. Elle a du caractère. Le denim est confortable, mais on peut le styliser à sa façon. C’est cet esprit que je voulais exprimer à travers cette collection. Parce qu’avec CHANEL, on ne vous fait pas la leçon ni ne vous dit quoi faire. On n’impose pas de règles de maquillage. Je voulais proposer, avec la collection DENIM, une belle combinaison de couleurs, puis vous choisissez ce qui vous plaît et vous vous maquillez à votre manière, comme vous portez votre denim. Vous vous stylisez pour devenir autre chose, différente.
LA : Lily-Rose Depp apporte à la collection Denim une présence singulière, à la fois jeune et intemporelle. Selon vous, quelle est la femme qui incarne cet esprit lorsqu’elle porte cette nouvelle collection ?
VL : Honnêtement, je trouve que Lily-Rose est une personne vraiment idéale, voire parfaite, pour cette collection. Parce que, comme je l’ai dit, quand je crée une collection, je commence toujours par imaginer un personnage. Je me dis : ok, le personnage qui va porter cette collection, c’est peut-être une fille adorable qui choisit un denim clair et accroche un petit Hello Kitty rose en accessoire sur son sac en denim. Une fille plutôt “bossy”, très cool, qui porte un mascara un peu volontairement brouillé. Vous voyez, ce genre de fille qui se maquille en cinq minutes, qui applique cette couleur en un seul geste, en un seul passage. Ce type de fille-là. Et quand je l’ai maquillée, je me suis dit : waouh… c’est elle. C’est exactement la fille que j’avais en tête. Oui, elle colle parfaitement.


LA : Que peut-on vous souhaiter pour la suite ?
VL : Oh, honnêtement, je suis très, très heureuse de toutes mes collections de 2026. Il y en a d’autres à venir, et il y aura aussi d’autres couleurs, pas seulement du bleu. Et regardez-moi ça, comme c’est mignon* ! J’ai même la version blanche. Et nous avons aussi le packaging en denim pour l’ombre à paupières. Donc, ce n’est pas seulement un produit de maquillage : c’est un accessoire que l’on peut vraiment styliser.
* Valentina Li présente la crème pour les mains.
Pour conclure
Avec DENIM, CHANEL prouve que les codes les plus familiers peuvent encore susciter une véritable émotion lorsqu’ils sont réinterprétés avec précision. La collection sera disponible à partir du 18 février 2026. Sous la direction créative de Valentina Li, la collection traduit l’attitude du denim en couleur, en texture et en geste : une garde-robe de teintes à porter instinctivement, comme un jean fétiche. Portée par la présence naturellement évidente de Lily-Rose Depp, elle rappelle que la beauté, lorsqu’elle est à son meilleur, n’est pas une affaire de règles, mais de caractère.
José Amorim
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