La Suisse est un pays formidable où nous pouvons trouver des talents sans égal dans différents domaines tels que la mode, la gastronomie et même le design. Ce pays possède une vraie identité de création autour de la précision, de la qualité et un certain attachement à l’héritage. Ces mots sont des promesses d’avenir merveilleux pour n’importe quelle activité.

Cette semaine, rencontrez Mélisande Grivet, l’esprit créatif derrière la marque Nom Commun. Avec un prénom qui ne peut qu’inspirer passion et créativité, Mélisande Grivet est une créatrice de mode très talentueuse. Sa marque, Nom Commun, représente une histoire de vêtements et de matières, le tout lové par beaucoup de talent. Elle a joué le jeu de notre interview. Enjoy!

(The interview in english here)

LuxuryActivist (LA): Comment est née votre passion pour la Mode ? 
Mélisande Grivet (MG): Difficile à dire. Autant que je me souvienne, j’ai toujours eu un rapport aux vêtements et à la couture. Ma grand-maman paternelle était très coquette, elle m’a transmis cette attention aux vêtements. Cela dit, je m’intéresse plus aux vêtements et aux techniques de confection qu’à la mode à proprement parler. La mode passe, les vêtements et les savoir-faire restent. A seize ans, j’ai commencé à travailler avec une couturière qui faisait du semi-mesure à Nyon. J’y allais après l’école et les weekends. C’est sans doute là que ma passion s’est révélée et que j’ai décidé d’en faire mon métier. 

Melisande-Grivet-nom-commun-fashion-designer
Nom-Commun-Melisande-Grivet-brand

LA: Vous êtes née à Lausanne. La Suisse possède des talents incroyables et parfois moins connus du grand public international. Vos origines sont-elles une influence dans votre travail ? Si oui, comment cela se traduit-il ? Est-ce Important ?
MG: J’ai grandi entre le pied du Jura, Lausanne et Nyon. Je suis Suisse, mais j’ai également la nationalité italienne par ma mère. Je pense que j’ai pris de la Suisse la rigueur, la précision et la discrétion. De même qu’une certaine approche du design. Je ne parlais pas italien quand j’étais petite, mais je baignais dans cette langue. Après mon apprentissage de couturière en entreprise, j’ai décidé de poursuivre mes études au Tessin avec l’envie d’apprendre l’italien et de me rapprocher de ce pays. Je suis toujours très liée à l’Italie. Il y a un art de vivre qui m’influence beaucoup et se ressent dans ma manière de créer. C’est aussi entre le Tessin et l’Italie que j’ai appris à faire réaliser mes vêtements par d’autres. 

LA: Vous avez démarré votre carrière au sein des belles marques comme Max Mara et plus récemment Emyun. Pourquoi avoir lancé votre propre marque ?
MG: J’ai toujours eu envie d’avoir ma ligne de vêtements. Mais il a fallu du temps avant de me sentir prête. J’ai beaucoup appris en travaillant pour Max Mara. Travailler pour un grand groupe est passionnant. J’ai eu accès à des moyens que je n’aurais eu pas autrement. Je travaillais pour l’un des bureaux de style de la marque, ce qui veut dire que j’étais au cœur de la création. J’ai pu travailler avec les équipes de développement et j’ai rencontré des fournisseurs exceptionnels. Après quelques années, je souhaitais voir d’autres choses. Je suis revenue en Suisse où j’ai travaillé pour plusieurs petites marques. J’ai lancé des collections, notamment pour Emyun. Et un jour, je me suis dit que la prochaine collection que je lancerai serait la mienne, j’étais prête pour lancer ma propre marque.
Nom Commun est née d’une envie de pouvoir faire les choses à ma manière, de redonner une place centrale au vêtement et à la confection. Nom Commun est aussi née en réaction à une industrie textile qui se déshumanise et gaspille beaucoup, tant les ressources que le temps. A peine en vitrine, une collection est déjà soldée. En fin de compte, plus rien n’a de valeur. 

Ce qui me démarque aussi des autres marques, c’est que je produis en grande partie en Suisse“. – Mélisande Grivet

LA: Dans un paysage mode très saturé, qu’est-ce que NOM COMMUN a de différent par rapport aux autres marques ? 
MG: Nom Commun c’est une histoire de vêtements et de matières. Je dessine les vêtements en fonction des matières que je source. Je travaille essentiellement à partir de stocks de tissus existants. Ce ne sont pas des chutes de tissus, mais des métrages non utilisés par les productions.
Travailler à partir de la matière, conditionne forcément le travail de création, mais cela détermine également la production. C’est pour cela que mes pièces sont produites en séries limitées. Je produis en moyenne une quinzaine de pièces par tissus, c’est assez exclusif. Ce qui me démarque aussi des autres marques, c’est que je produis en grande partie en Suisse.

Nom-Commun-fashion-collection
Nom-Commun-collections
Nom-Commun-Spring-summer-collection

LA: Avec le recul, quels ont été les aspects sous-estimés entre ce qu’on apprend à l’école et la réalité de ce métier ? 
MG: Cela fait un moment que j’ai fini mes études. Les formations passent beaucoup trop vite sur le fonctionnement des entreprises. Que ce soit pour lancer sa marque ou lorsqu’on travaille pour d’autres, je trouve important d’avoir une perspective du marché qui nous remette les pieds sur terre et pas uniquement un survol. Si possible avec des professionnels confrontés à la réalité. On oublie souvent que l’habillement est une industrie qui fonctionne selon des règles industrielles, bien loin de l’image qu’en véhicule la mode. 
Je passe parfois de l’autre côté en enseignant à des apprentis. Je leur dit souvent que le plus important c’est aussi d’apprendre à écouter et observer les clients. 

LA: Comment développez-vous votre marque aujourd’hui ? Quels sont les plus grands défis ?
MG: En deux ans, tout est allé très vite. Dès ma première collection, j’ai eu la chance d’avoir été soutenue par des boutiques qui m’ont fait confiance. Cela m’a permis de me faire une place, mais surtout d’être au contact des clients. Je souhaitais prendre le temps de bien définir et produire ma collection. Cela m’a aussi permis de mieux comprendre le marché.
Je dois maintenant me concentrer sur la communication et la stabilisation de la structure. Mais le plus grand défi vient de ma manière de travailler. Comme je travaille uniquement avec des tissus issus de surplus de production, je suis tributaire des quantités disponibles. Je commence à atteindre un palier de production qu’il me faudra dépasser tout en m’assurant de conserver une cohérence de la collection. 

Le prix juste selon moi, c’est celui qui me permet de payer correctement les gens qui travaillent pour Nom Commun.” – Mélisande Grivet

LA: Comment réconciliez-vous stylisme et réalité commerciale ? Comment déterminer le prix juste d’un vêtement ?
MG: La partie commerciale a toujours été présente. Dans les grands groupes, ce n’est pas les stylistes qui décident ce qui va être produit. Il y a toujours le moment où les commerciaux écartent la moitié de vos propositions. Il faut apprendre à vivre avec et à garder la vente en tête. Dans les petites structures, on apprend à changer de casquette. Ce n’est pas facile de réconcilier stylisme et réalité commerciale. Sans doute que ma formation et mon expérience de la production m’ont appris à faire le pont entre les deux. Cela dit, je fonctionne beaucoup à l’instinct, notamment pour le placement des pièces en boutique. Avec le temps, j’ai appris à connaître leurs besoins. 
Je privilégie les vêtements que l’on peut porter simplement au quotidien et que l‘on peut rendre plus sophistiqués en les mixant et en les accessoirisant. Cela me permet de m’adresser à une clientèle relativement large. 
Fixer le prix d’un vêtement est une science qui ne s’apprend que par la pratique. Le prix dépend de nombreux facteurs, matière, main-d’œuvre, coûts de développement et de patronage, charges fixes. Cela donne un coût de revient qui est ensuite ajusté au sein de la collection pour conserver une certaine logique dans les prix.
Il y a aussi des seuils psychologiques à ne pas dépasser. Cela m’oblige à faire des choix, parfois, il faut simplifier un modèle, d’autres fois, il faut le retirer de la production. Mais souvent, cela permet de proposer quelques pièces plus audacieuses à des prix abordables. Le prix juste selon moi, c’est celui qui me permet de payer correctement les gens qui travaillent pour Nom Commun.

LA: Quelles sont les nouveautés sur lesquelles vous travaillez en ce moment ?
MG: En ce moment, je lance la production de l’hiver 2020 je travaille sur la collection d’été 2021. Je suis contente de la collection d’hiver. Il y a de très beaux modèles. Avec la crise sanitaire actuelle, je dois m’adapter. Faut-il produire moins ? Différemment ? Comment vont fonctionner les ventes. Je souhaite donner plus de longévité à mes collections et faire en sorte que cela se ressente. J’aime l’idée qu’un vêtement est toujours nouveau en fonction du moment où on le porte ou de comment on l’associe aux autres pièces de sa garde-robe. 

Nom-Commun-Spring-Summer-2020
Nom-Commun-Spring-Summer-2020-2
Nom-Commun-Spring-Summer-2020-3

LA: Que pensez-vous de ce qu’on appelle la « Fast-Fashion » et des critiques apportées à ce modèle si juteux pour certaines marques de Prêt-à-Porter ?
MG: Je pense qu’il est temps de revenir à quelque chose de plus raisonnable et d’arrêter le gaspillage. La « fast-fashion » repose sur un modèle économique malade. J’ai une impression de saturation. Il n’y a plus rien de surprenant. Je pense qu’il faut arrêter de tout le temps dévaloriser les produits. On tend à tout dévaloriser. A peine arrivées en vitrines, les collections sont soldées. A force de casser les repères plus rien n’a de valeur, même les clients n’ont plus aucune valeur.
La « fast-fashion » fonctionne tellement à flux tendu qu’elle s’est mise en danger toute seule. Il suffit d’un grain de sable, un arrêt de production, une récession pour que les pertes soient colossales. Au final, ces marques auront réussi à se dévaloriser toutes-seules.

LA: Que pouvons-nous vous souhaiter pour le futur ?
MG: Dans l’immédiat, je me réjouis que les boutiques puissent réouvrir rapidement. Elles ont besoin de tourner et nous on a besoin d’être au contact des clients. C’est ce qui me plaît aussi dans ce métier, le contact avec les gens. Les vêtements commencent à vivre quand ils sont portés et pas uniquement sur papier glacé.

Nom commun est une marque fantastique qui représente une nouvelle ère pour la mode et la confection. Mélisande Grivet est une passionnée et fait les choses parce qu’elle y croit. J’aurais aimé que d’autres marques en soit ainsi. Mais restons optimistes.

Vous pouvez trouver Nom Commun à son Showroom:
Studio / Showroom
NOM COMMUN
Rue des Deux-Marchés 13
1005 Lausanne – Jeudi et Vendredi 12h-18h30 sur rendez-vous.
Pour trouver d’autres points de vente, visitez le site web ici

Un grand merci à Mélisande Grivet pour son temps dans l’exercice de cette interview. Bonne chance pour la suite.

José Amorim
L’information a été apportée par l’auteur pour LuxuryActivist.com. Tous droits réservés et toute reproduction est interdite. Les images sont la courtoisie de Nom Commun et de Mélisande Grivet.